Petite histoire de Lafontaine

Une visite guidée des champs et des chalets

December 29, 2016
microrécit

Lafontaine, c’est un village comme bien d’autres en Ontario. C’est aussi un village unique, pas comme les autres. Il prend la forme d’une vaste péninsule entourée de plages. Ses collines lui donnent un relief et une topographie changeante. La température diffère en haut de la montagne de son pied. Près de l’eau, la neige peut tomber à gros flocons alors que le soleil brille de tous ses rayons dans les hautes terres. Certains jours, la pluie s’abat au sommet de la pente alors que les nuages s’absentent près des rives.

À Lafontaine, on compte des champs et des chalets. La population est composée de gens riches et de gens pauvres. On y trouve des francophones, des anglophones, et des membres des peuples autochtones. Lafontaine porte en elle des siècles d’histoire qui informe sa situation présente. Certaines familles habitent la région depuis des générations, et d’autres ont à peine eu le temps de s’ancrer avant de repartir. Lafontaine vit dans l’ombre des grandes villes aux alentours : Penetanguishene, Midland, Barrie. Toronto se trouve à deux heures de route, à condition de braver la 400 qui ressemble souvent à un stationnement plus qu’à une autoroute.

Pour y arriver, on descend une longue côte qui donne la vue sur le village. Au centre-village, on retrouve l’Église catholique française, l’école élémentaire française, le dépanneur, la patinoire, et le LCBO. Un peu plus loin, on dépasse la quincaillerie et la caserne des pompiers bénévoles.

Pour aller chez nous, on prend la pente du village en saluant les passants. La descente se poursuit, et l’on aperçoit, à droite, les champs de maïs et, à gauche, le petit restaurant du coin. On remonte ensuite la côte vers les terres hautes. On voit défiler quelques maisons solitaires derrière lesquelles les champs prennent des teintes de vert, jaune, brun ou blanc, selon la saison. On s’approche d’une autre colline, et, lorsqu’on atteint le plateau, on aperçoit l’eau bleue de la baie Georgienne. Sur l’autre rive, on peut voir les pentes de ski de Blue Mountain. On file en bas de la côte jusqu’au niveau de l’eau, on s’y trouve presque.

À Lafontaine, ce sont les terres qui ont attiré des familles de certains comtés du Québec. Les terres de Lafontaine promettaient un avenir meilleur avec leur emplacement moins ardu que dans le Nord et près d’un grand cours d’eau. Le village pouvait accueillir une communauté agricole fructueuse. Les belles plages blanches se sont avérées un cadeau empoisonné. Très bientôt, ce serait écrit dans les pages d’histoire de la région, que de riches Torontois allaient s’approprier ces terres pour très peu d’argent. Ces fortunés venus d’ailleurs contrôleraient éventuellement l’accès aux plages, les chalets, et une grande partie de l’économie locale. Ils en viendraient même à mener le conseil municipal. Plus tard, ils allaient réussir un coup de maître et allaient obtenir le vote par procuration pour permettre à encore plus de riches citadins de s’exprimer aux élections dans le confort de leur propre maison, à Toronto.

Lafontaine, c’est l’une des régions où les résidents saisonniers érigent des clôtures qui longent la berge jusqu’à l’eau pour empêcher les citoyens locaux de profiter de leur plage. C’est où l’accès public à l’eau pour les francophones et les gens du village est réduit à une vingtaine de mètres au bout de chacune des concessions, sans entretien, ni toilettes, ni tables de pique-nique.

Lafontaine s’appelle maintenant Tiny et abrite les «Tiny Beaches», de belles plages blanches sur une baie resplendissante qui n’ont rien de miniature.